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calligraphie vietnamienne

Dans la culture vietnamienne, la calligraphie reflète la personnalité et l’esprit philosophique à travers des traits de pinceau. Au-delà d’une simple beauté visuelle, la calligraphie vietnamienne est aussi un style de vie. Dans un monde plus stressant, l’apprentissage de la calligraphie requiert de la patience et de la concentration. Un mode slow life, donc ! Ainsi, pour ceux qui cherchent le ressourcement ou le bien-être dans un voyage, l’atelier de calligraphie est une bonne option. Dans cet article, je vais livrer quelques explications succinctes pour comprendre cet art souvent négligé dans les circuits touristiques.

 D’où vient la calligraphie vietnamienne ?

En Extrême-Orient, la calligraphie prend son origine en Chine. Lors des échanges avec les pays voisins, la culture chinoise fut exportée, y compris l’écriture. C’est à partir des idéogrammes chinois que les pays limitrophes ont su faire évoluer pour créer leur propre langue. Dans ce contexte, la calligraphie fut adoptée au Japon, en Corée et au Vietnam. Dans le contexte vietnamien, l’histoire de la calligraphie est particulière, tout comme celle de sa langue romanisée.

En effet, par le passé, les idéogrammes étaient largement utilisés sous le règne de différentes dynasties royales. La calligraphie chinoise était déjà pratiquée à l’époque par la famille royale et l’aristocratie. D’ailleurs, la calligraphie était la norme des concours mandarinaux que l’on découvre au Temple de la Littérature.

Au cours du 19e siècle, l’écriture sinophone au Vietnam co-habitait avec la langue française. C’est pendant les 80 ans de colonisation qu’une nouvelle écriture s’est émancipée et devenue une langue à part entière  : le « quốc ngữ». Cette langue se base entièrement sur le système alphabétique à l’européenne. Autrement dit, nous avons « vietnamisé » le latin à notre sauce, un peu comme nos amis turcs à l’époque de Mustapha Kemal. Lors de la déclaration d’indépendance du Vietnam en 1945, la langue latinisée fut officiellement adoptée comme langue nationale. Désormais, l’écriture vietnamienne se différencie radicalement du chinois. Les Vietnamiens ont rejeté définitivement les idéogrammes chinois. La calligraphie vietnamienne a aussi évolué pour s’adapter au nouveau système latinisé. On peut dire que l’apparition officielle de la calligraphie vietnamienne date des années 1950. Comme résultat : la calligraphie vietnamienne moderne consiste à rendre les lettres latinisées plus stylées pour que leur apparence visuelle ressemble à aux idéogrammes chinois.

Le mélange entre deux cultures permet à la calligraphie vietnamienne de se différencier de ses voisins japonais, chinois et coréen. En d’autres mots, le Vietnam a su faire des modifications nécessaires pour créer sa propre école de pensée. Dans la technicité, la calligraphie vietnamienne reprend des outils chinois : utilisation du pinceau, encre noire.

Dans l’écriture, elle se base sur le système latinisé d’origine européenne. Au niveau du support, les Vietnamiens utilisent le papyrus local, appelé « papier Dó ». Puis, pour vietnamiser davantage la calligraphie, on ajoute une dimension spirituelle selon les croyances locales.

En quoi la calligraphie vietnamienne se distingue-t-elle de ses voisins?

Malgré une influence très profonde de l’Empire du Milieu, les Vietnamiens ont su modifier considérablement des éléments chinois pour adapter au contexte local. Contrairement à la hiérarchie ultra centralisée en Chine, la culture vietnamienne se fonde sur le système villageois. Du fait de ce socle fondamental, on constate que les Vietnamiens sont plus « relax » dans toutes les règles, y compris dans l’art. Il faut savoir que la calligraphie chinoise est très stricte dans la réglementation.

Les Vietnamiens se libèrent volontiers de ces normes rigides, ce qui leur permet d’exprimer plus librement la pensée à travers l’écriture calligraphée. Ainsi, il y a plus de créativité dans la calligraphie vietnamienne que son voisin chinois. C’est dans cette dimension que la calligraphie vietnamienne se détache de la Chine. On ajoute volontier des couleurs, alors que la calligraphie chinoise utilise exclusivement l’encre noire.

La seule chose que le Vietnamien conserve est l’usage de la calligraphie dans la gouvernance politique du pays. Par le passé, la monarchie vietnamienne a quand même copié le modèle confucianiste chinoise pour administrer le pays. Du coup, la calligraphie était un outil politique pour recruter des fonctionnaires de haut niveau, appelés mandarins. On organisait des concours mandarinaux pour dénicher des talents.

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La calligraphie était considérée comme un moyen de déceler la personnalité des candidats. Donc, le jury de l’époque analysait souvent les traits de calligraphie pour vérifier si les candidats possèdent des qualités nécessaires pour devenir mandarins. Cette tradition est encore enracinée dans la mentalité vietnamienne de nos jours. On juge votre personnalité en fonction de votre écriture. Ainsi, pour les maîtres calligraphes expérimentés, ils sont capables de cerner vos traits de caractère en fonction des lettres que vous tracez sur papier.

Dans la sphère sinisée qui englobe la Chine, le Japon, la Corée, le Vietnam est le seul pays à utiliser carrément le système alphabétique comme écriture. Tous les autres conservent le système des idéogrammes. Cette différence change complètement la donne quand on parle de la calligraphie. Effet, du fait de son abstraction, les idéogrammes sinisés diffusent plus facilement des idées conceptuelles à travers des lettres. La langue vietnamienne n’a pas cette chance, car son système latinisé favorise plutôt une compréhension factuelle des choses. Du coup, pour réaliser des oeuvres de calligraphie, les maîtres vietnamiens sont obligés de « déformer» exprès leurs lettres romanisées pour les rendre plus abstraites. Du coup, les lecteurs doivent faire plus d’efforts d’imagination pour comprendre le message véhiculé à travers les œuvres calligraphées. Donc, dans la calligraphie vietnamienne, pour le lecteur, c’est souvent un jeu de devinette !

Au Japon, la calligraphie est très souvent utilisée par le milieu monastique. Autrement dit, le zen japonais est assez lié à l’art de calligraphie. C’est pourquoi les ateliers de calligraphie au Japon sont souvent guidés par les moines bouddhistes.

Au Vietnam, le public est beaucoup plus large. Ceux qui pratiquent cet art peuvent être moines, chercheurs en langues anciennes, hommes d’affaires, artisans, etc.  La calligraphie vietnamienne est beaucoup plus accessible au grand public, du fait de son système latinisé et des règles moins élitistes. C’est pourquoi il y a un renouveau de cet art auprès des jeunes vietnamiens qui jugent que c’est moins « intello » que les voisins chinois ou japonais. Dans les grosses villes comme Saigon, Hanoi, Danang, Hue, les clubs de calligraphie sont nombreux, ce qui prouve un vif intérêt des jeunes citadins pour cet art

Des styles de la calligraphie vietnamienne

En termes de style, la calligraphie vietnamienne moderne fut reconnue pour la première fois dans les années 1960. Malheureusement, à cause des guerres incessantes, cet art est tombé dans l’oubli. Sa vraie renaissance date des années 1990 avec l’apparition de nouvelles techniques de réalisation. Comme expliqué en haut, la calligraphie vietnamienne cherche à rendre l’apparence visuelle des lettres latines plus abstraites, afin de transmettre un message philosophique. Les exemples ci-dessous nous expliquent plusieurs niveaux de « déformation »

Niveau 1, appelé chữ chân phương, ou « lettre simple ». Il s’agit des lettres latinisées encore lisibles à l’œil nu. Dans notre exemple, c’est le mot Tâm, ou « conscience ». Malgré une apparence qui donne l’allure des idéogrammes, on arrive quand même à repérer des lettres alphabétiques.

Niveau 2, appelé chữ cách điệu, ou « déformation avancée ». On arrive encore à repérer des lettres à l’œil nu, mais elles sont déjà plus stylées.

Niveau 3, appelé chữ cuồng thảo, ou « déformation free style ». A partir de ce niveau,  l’apparence visuelle des lettres devient plus difficile à cerner. Souvent, il ne s’agit plus d’un simple mot, mais plutôt d’un paragraphe. L’auteur dans l’exemple voulait transcrire un poème vietnamien, en imitant le style de la calligraphie arabe.

Niveau 4, appelé thư họa, ou « lettres picturales». Les artistes se servent des lettres latinisées comme support pour dessiner quelque chose. Comme dans l’exemple, il s’agit du visage humain en méditation. Le mot complet est Ngộ, ce qui veut dire « éveil de conscience». Le N forme l’oreille et le contour du visage humain. Le G forme le premier œil et le nez. Puis, le Ô forme le deuxième oeil et une petite larme. Derrière l’apparence physique des lettres qui forment le visage humain, l’auteur veut raconter l’histoire d’une personne en transformation spirituelle. Elle reconnaît ses erreurs et regrette des conneries qu’elle a faites. C’est pourquoi elle pleure, d’où la petite larme sous l’œil droite. Bref, il faut une bonne dose d’imagination pour comprendre la dimension sémantique des œuvres calligraphées et la métaphore véhiculée. Au Vietnam, c’est surtout le niveau 4 qui dégage le mieux l’âme de la calligraphie vietnamienne

Pour rendre la calligraphie vietnamienne plus vivante et proche des habitants, les artistes n’hésitent pas à agrémenter les lettres par les estampes. D’une certaine manière, la calligraphie vietnamienne est une synchronisation d’aquarelle et de lettres calligraphées. Les thématiques picturales concernent souvent des scènes de la campagne, ce qui fait référence à la culture villageoise évoquée en haut

De nos jours, la calligraphie vietnamienne ne se limite pas uniquement à l’art éditorial. Derrière des lettres calligraphées, Il y a également une vocation spirituelle et décorative. En effet, lors du Nouvel An, il est coutume que les Vietnamiens demandent aux maîtres calligraphes de réaliser une œuvre qui se sert d’amulette décorative dans la maison. Pour le reste de l’année, la calligraphie vietnamienne peut être considérée comme la peinture

Pour les voyageurs à la recherche d’un voyage à haute teneur intellectuelle, TTB TRAVEL propose souvent un atelier d’initiation aux techniques de calligraphie. Pendant deux heures environ, vous rencontrez un maître calligraphe sélectionné par nos soins. La séance débute par l’explication générale sur l’origine de la calligraphie vietnamienne. Par la suite, c’est la pratique.

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