Villages d’artisanat à Hue

village d'artisanat Hue

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Les villages d’artisanat à Hue constituent un patrimoine culturel que les visiteurs tendent à oublier.  Et pourtant, c’est intimement lié à la cour impériale. Je vous invite donc à lire cet article pour comprendre les valeurs culturelles des villages à Hue, le temps d’une balade à vélo à travers la campagne.

Les villages d’artisanat constituent un modèle unique au Vietnam. Dans mon article sur le village Dinh Bang, j’ai déjà souligné que la culture villageoise est l’identité vietnamienne par excellence. Pour des raisons défensives et sociales, la monarchie avait besoin de se faire entourer par un réseau de satellites. Les villages jouaient le rôle central au coeur de cette politique. La cour impériale de Hue a appliqué exactement le modèle social du Nord Vietnam pour mettre en place sa cité. Dans un rayon de 15km autour de la Citadelle Royale, il subsiste encore une soixantaine de villages d’artisanat dont la fonction était de subvenir au besoin matériel de la famille royale et de la noblesse. Quand la monarchie fut abolie en 1945, beaucoup de villages ont aussi perdu leur raison d’être. Voilà pourquoi les villages sont encore là mais un bon nombre de savoir-faire ont disparu partiellement ou complètement. La problématique à laquelle ces villages d’artisanat font face est l’adaptation dans l’air du temps. Certaines marchandises ne correspondent plus au besoin de la société. Par conséquent, les villages spécialisés dans ce type de marchandise risquent de disparaȋtre. C’est dans l’optique de préserver les métiers en voie de disparition que le tourisme est considéré comme un Saint Sauveur. Néanmoins, sa capacité est limitée et il ne peut pas sauver tout le monde. Ainsi, certains villages d’artisanat ont plus de chance de survivre que d’autres.

Je viens à Hue en repérage plusieurs fois et je me suis aperçu que préserver les métiers traditionnels par le biais du tourisme est une tâche complexe. J’ai testé plusieurs villages et je n’en ai retenu que deux qui sont “exploitables” en terme touristique. Ce sont le village Sinh, spécialisé dans la peinture folklorique et le village Thanh Tien, spécialisé dans les fleurs en papier. Situés à 8km par rapport à la Citadelle Royale, ces deux villages bénéficient à la fois d’une accessibilité privilégiée et d’un cadre naturel paisible. Ce que j’ai fait, c’est de combiner plusieurs activités en un seul itinéraire. C’est-à-dire une courte balade en bateau sur la Rivière des Parfums, puis balade à vélo avec arrêt dans les villages d’artisanat Sinh et Thanh Tien et un marché local, puis continuation jusqu’à la lagune de Tam Giang.

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D’abord, depuis le Pont Truong Tien, j’ai pris un bateau pour longer la Rivière des Parfums. D’habitude tous les bateaux partent à l’ouest pour joindre les tombeaux impériaux. Mais j’ai fait le contraire, le bateau est parti à l’est, vers l’embouchure.

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Au bout de 30mn, j’ai embarqué au quai de Vinh Bao, un ancien port fluvial de Hue au XVIIème siècle. Cet endroit fut abandonné quand les empereurs Nguyen favorisaient Hoi An comme port maritime plus stratégique.

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Le XVIIème siècle marque la fin de la civilisation Cham quand les Vietnamiens ont pris possession de toute la bande du Centre Vietnam. Les bruits courent que les nobles Cham cachaient leur trésor au fond de la rivière avant de s’enfuir vers le Sud. Aujourd’hui il y a encore des habitants qui font des fouilles clandestines  en espérant trouver quelques indications…

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C’est à partir du quai de Vinh Bao que l’on commence une balade à vélo en empruntant un sentier de campagne. En 2005, le gouvernement vietnamien a mis en place une politique de modernisation de la campagne. Ainsi un vaste réseau de sentiers bétonnés a été bâti dans l’optique d’améliorer les conditions de vie des villageois et la productivité agricole. La balade à vélo bénéficie de ce réseau routier de très bonne qualité.

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Au Vietnam, les gens se lèvent relativement tôt. A part les activités commerciales, il faut dire que faire des courses au marché fait partie du quotidien des femmes vietnamiennes. On  mange sain et frais. Pour cela, il faut acheter les produits dans la matinée, d’où le rôle des petits marchés de proximité. Il y en a partout même au  bord des petits sentiers. C’est vraiment une ambiance authentique.

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Non loin du marché, c’est le premier village d’artisanat spécialisé dans la fabrication de fleurs en papier.  Issus du monde agricole, tous les villageois pratiquent de la riziculture pour la plupart du temps. Mais à la fin de l’année, quand les rizières sont vides, les villageois se mettent à fabriquer des fleurs en papier destinées au culte des ancêtres. C’est un métier mentionné dans les archives royales au cours du XVIIIème siècle.

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Le culte des ancêtres est le socle des pratiques spirituelles des Vietnamiens. Décorer l’autel des ancêtres est un devoir des chefs de famille, ce qui explique l’utilité des fleurs en papier. La fleur de lotus s’avère d’être le modèle le plus prisé. C’est probablement lié sa pureté d’esprit si chère au bouddhisme.

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Si ce métier survit, c’est parce qu’il répond encore au besoin du marché. Au sein du village Thanh Tien, il y a trois foyers qui fabriquent des fleurs toute l’année. J’ai eu la chance de rencontrer une famille dont la petite fille se destine à continuer le savoir-faire de son père.

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Toujours dans la logique du culte des ancêtres, je suis parti à la découverte du village Sinh, spécialisé dans les estampes folkloriques. La quasi totalité des oeuvres sont destinées aux croyances populaires dont l’origine se perd dans la nuit des temps. J’ai rencontré Mr.Phuoc, l’artisan le plus connu dans ce village d’artisanat, pour mieux comprendre les valeurs de ses estampes. Aujourd’hui il ne reste que deux foyers qui maintiennent encore cette activité. C’est assez étonnant car une marchandise à caractère spirituel répond bien au besoin des Vietnamiens.

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Comment ça se fait que le savoir-faire est perdu dans tel état? Mr.Phuoc m’a dit que c’était lié à la guerre puis au régime communiste des années 1980.  Plusieurs artisans du village furent tués pendant la guerre américaine. Puis le régime communiste a essayé d’éraldiquer toute sorte de religion et de culte à moment donné. Par conséquent, les estampes folkloriques étaient interdites et les artisans ont dȗ abandonner le métier pour pratiquer la riziculture. Le père de Mr.Phuoc était un expert de fabrication des estampes mais aussi de moule d’impression. Cet outil en bois de jacquier est indispensable pour l’impression brute des oeuvres sur lesquelles on applique les couleurs vives. Mr.Phuoc a perdu ce savoir-faire.

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Le processus de fabrication est complexe. D’abord, l’artisan grave sur du bois de jacquier les traces basiques de l’estampe. Après avoir mis de l’encre noire sur la surface du bois, on l’applique sur du papier de Dó (un arbre local) couvert d’une couche de colle. On fait sécher sous le soleil pour ensuite appliquer les autres couleurs vives selon l’envie de l’artisan. Les couleurs sont naturelles : le vert vient des feuilles de bananier, le rouge vient de la brique, le noir vient des cendres de paille de riz,  le bleu marin vient des graines de baselle, l’orange vient du safran, etc

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Après les deux villages d’artisanat, encore une dizaine de kilomètres et on peut joindre la lagune de Tam Giang. Ici on peut déposer son vélo, faire une balade en bateau et savourer les fruits de mer lors du déjeuner. En espace de 7 heures, Hue dévoile plusieurs éléments qui plaisent aux voyageurs en quête d’authenticité : bateau sur la rivière, balade à vélo, bateau sur la lagune, rencontre avec les artisans, visite du marché.

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